Fais mine Nine

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dimanche 24 avril 2011

L'amanterie

métro

Il lui semble reconnaître sa silhouette au loin, à cette bouche de métro parisien où elles se sont donné rendez-vous.

Nine y revient peu, depuis le sud, dans cette métropole où elle vécut pourtant sept ans. Et n'y a que des plaisirs fugaces, à chaque incursion. Les immeubles haussmanniens, la Seine, les couloirs souterrains la ramènent au passé, comme la découverte de l'appartement de ses logeurs, typiquement parisien, sympathique mais sans balcon, élément devenu indispensable à sa vie.

Juste avant d'entreprendre la marche vers le lieu du rendez-vous, fugacité du plaisir, une nouvelle fois, dans le parc proche de la mairie du troisième arrondissement, où elle a assisté à un colloque et déjeuné. Des mères de famille y promènent leurs enfants, une éclaircie entre deux ondées et cette foule, toujours, qui fait dire à chacun qu'il est ici au centre du pays.

C'est donc bien elle, qu'elle avait vue de dos. Traou l'attend et se retourne, sous les parapluies, l'ondée est revenue. Elles se sont rencontrées pour la première fois trois ans plus tôt et ne se sont plus revues depuis, avec, de loin en loin, des mots qui signifiaient qu'elles en avaient envie.

C'est donc fait. L'amanterie

Elles s'engouffrent dans le sous-sol pour tenter d'aller à une expo mais, arrivées au but, elles se laissent aller ensemble avec gourmandise au renoncement, devant la longueur de la file d'attente. Elles le savent depuis le début, un verre de blanc en terrasse salue bien mieux les retrouvailles qu'une heure en rang d'oignon.

Toujours étranges et mystérieuses, ces ententes spontanées que l'on ne peut raisonner. On le sait, mais sans se l'expliquer. Et l'on se trompe peu. Trois petites années après s'être reconnues au milieu d'une foule, la parole est libre et les confidences nombreuses. Le temps s'arrête, côte à côte, deux verres posés sur la table.

Paris revient, magique, à ma mémoire.

Les hommes arrivent à notre bouche, comme les enfants, qu'elle n'eut pas et qui, moi, m'ont quittée. Puis vient ce mot, que Nine invente pour l'occasion, illustrant les périodes de vie sans couple mais traversée d'amants : "l'amanterie".

Et nous nous promettons d'écrire chacune un texte au même titre, et au contenu à découvrir.

mardi 5 avril 2011

IVG : je vais bien, merci

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Écrit par les filles des 343 salopes, excédées par la multiplication des obstacles qui se dressent autour de l’IVG, un appel à signer :

» Plus de 200 000 femmes avortent chaque année en France. Cet acte, pratiqué sous contrôle médical, est des plus simples. Pourtant, le parcours des femmes qui avortent, lui, l’est de moins en moins : Le droit à l’IVG est menacé : en pratique, par la casse méthodique du service public hospitalier, et dans les discours, car l’avortement est régulièrement présenté comme un drame dont on ne se remet pas, un traumatisme systématique.

Ces discours sur l’avortement sont des slogans éloignés de ce que vivent la grande majorité des femmes, ils ont pour but de les effrayer et de les culpabiliser.

Nous en avons marre que l’on nous dicte ce que nous devons penser et ressentir. Depuis le vote de la loi Veil en 1975, a-t-on cessé de prédire le pire aux femmes qui décident d’avorter ? Nous en avons assez de cette forme de maltraitance politique, médiatique, médicale.

Avorter est notre droit, avorter est notre décision. Cette décision doit être respectée : nous ne sommes pas des idiotes ou des inconséquentes. Nous n’avons pas à nous sentir coupables, honteuses ou forcément malheureuses.

Nous revendiquons le droit d’avorter la tête haute, parce que défendre le droit à l’avortement ne doit pas se limiter à quémander des miettes de tolérance ou un allongement de la corde autour du piquet.

Nous disons haut et fort que l’avortement est notre liberté et non un drame. Nous déclarons avoir avorté et n’avoir aucun regret : nous allons très bien.

Nous réclamons des moyens pour que le droit à l’IVG soit enfin respecté. Nous réclamons son accès inconditionnel et gratuit mais également la liberté de faire ce que nous voulons de notre corps sans que l’on nous dise comment nous devons nous sentir. »

samedi 19 mars 2011

Clapissette

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Elle bruit doucement sous le pas, la clapissette des chemins provençaux.

Discrète.

Si éloignée du bruit et du rythme. Effrénés, effrayants.

Ceux du réveil qui sonne et du compte qui se vide, cliquetis de la carte bleue dans le distributeur de billets, la caisse enregistreuse, l'ordinateur. Il encaisse, lui aussi, mais silencieusement.

Argent donné à l'auto-école, la SNCF, aux conseils général et régional, aux patates, aux créditeurs, aux fils, et envoyé du magasin, de la maison, du bureau.

Dépenser l'argent inexistant. Et oublier son absence, le temps de marquer le pas sur le sol, jonché de clapissette ou de coquilles de moules écrasées. Chance, il avance encore, ce pied, sans rien coûter. Bottine souillée, nettoyée à l'éponge. Le cirage, remisé, a séché.

L'essence flambe, Et Libye et Japon tremblent. Voiture à payer quatre ans durant, et le logement, beaucoup plus longtemps.

Pendant ce temps, poser les couches de maquillage, pour apparaître à l'image. Et égrener les annonces de reportages.

samedi 12 février 2011

L'énergie du colonel

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Elle qui n'aime pas le retard, même si, désormais, elle joue souvent la montre - et comptait sur celui, habituel, de l'homme du rendez-vous - est arrivée au parking à l'heure exacte.

Surprise, donc, quand appuyant sur le bouton vert de la borne d'entrée, elle le voit face à elle, déjà appuyé sur une voiture, visage baissé et doigts affairés sur son téléphone portable.

Barbe grise et veste en cuir identiques. Puis, levant les yeux, le regard vif, comme toujours.

Jean ne change pas. Même là, depuis deux ans qu'ils se sont vus. Douceur de penser qu'il en sera toujours ainsi.

Embrassade. Et il lui prend le bras. Il le lui a toujours pris, depuis vingt-sept ans.

C'est bien la seule chose.

Le reste fut donné. Temps. Paroles, écoute, désir. Et de la conviction, inlassablement. Que le temps et le vin sont bons. Qu'elle l'est aussi, belle comme un Bloody mary.

Elle ne l'a jamais cru, poussant avec lui les portes de brasseries parisiennes. De bars aussi. Et du restaurant de quartier du quinzième arrondissement où se nichait son petit appartement.

Puis vinrent les fêtes vôtives du canton de Vaud où l'on boit par décis. Avec filets de perche au bord du lac ou boules au fromage sous lambris, entourés de Suisses pur jus.

Jusqu'au retour à la gare. Où elle a fini par ne plus revenir.

Aujourd'hui, il lui a raconté des moments. De maintenant, heureusement, et d'hier. Avec ou sans culotte.

Dont un qu'elle avait oublié.

Le repas s'est clôturé avec deux colonels. Depuis vingt-sept ans, à chaque commande de colonel, elle pense à lui.

dimanche 6 février 2011

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Bientôt le soleil se couchera. Tôt bien sûr, c'est encore l'hiver. Les flammes reprennent dans le feu amoureusement entretenu pendant qu'il dort et que, dans ce nouvel endroit aimé, elle continue à boire.

Son sommeil suit la jouissance, laquelle ne la fait pas dormir. Les morceaux de musique s'égrènent, comme les rasades de vin dans son verre, pendant que le chat enfin habitué à avoir deux maisons, s'est lové contre lui sur le lit.

Ils ont aimé choisir le programme, puis en changer pour inaugurer le déjeuner dehors. Comment expliquer ce plaisir à imprimer le temps tout en le laissant filer ? Cabanon investi en mauvaise saison. Premier déjeuner dehors, à l'hiver provençal. Marquer le coup.

Puis jouir.

Et retourner aux obligations.

dimanche 5 décembre 2010

La nuit

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Il avait trouvé cela romantique. Subversif, même. Jeune homme qu'il est.

Et puis, forcément, c'est devenu dur.

Moto, voiture parfois, et même pieds par épisode neigeux. Pour aller prendre service, depuis bientôt deux ans, à 22h45, à l'accueil d'un hôtel luxueux. Soirées de samedi et dimanche désormais écourtées, puisque c'est là qu'il faut aller.

Au début, bien propre sur lui. Costard. Puis plus. Et barbe plus taillée non plus. C'est la nuit, vous comprenez. Il l'a observé, les clients regardent à peine... Et ces dizaines de verres, souillés à grand prix, qu'il faut laver....

Noir et silence, toujours, à affronter.

Malgré la toile, où, petit à petit, chacun va se coucher.

Brutalement, la porte automatique, censée être silencieuse, produit un bruit dans la nuit.

Un couple arrive. Quelques mots et peu de regards.

Il fantasme. A coup sûr, cette jeune et jolie femme, apparemment de l'Est, n'accompagne l'homme vieillissant et bouffi réclamant sa clé, que par intérêt. Au prix d'une séance nocturne, elle savourera demain un petit-déjeuner, plus séduisant que son compagnon de chambre. Peut-être se resservira-t-elle des saucisses à l'anglaise, en guise de réconfort, pour s'être infligée, durant la nuit, la nouille flasque d'un parvenu.

Notre réceptionniste a noté la commande. Ajouté le montant à la facture, juste avec deux doigts activant les touches d'un clavier.

Il est étudiant, travaille deux nuits par week-end, pour quatre à cinq fois cent euros. Et un studio à lui. Liberté gagnée.

Il est trois heures trente. Encore quatre heures quarante-cinq à tenir. Envie de s'allonger sur la banquette, en velours pourpre, de l'entrée. C'est interdit. Pour l'avoir fait, il sait que lorsque la relève arrivera, son cerveau sera embrumé. Pas de banquette, donc. Surfer alors. Ou sortir arroser, enfin, tâche retardée jusqu'au bout de la nuit, espérant la pluie.

Elle n'est pas venue, au contraire de la relève.

Et avant que de ré-enfourcher sa moto, ils s'offre une pensée à la nuit, offerte elle aussi, il y a si longtemps déjà, à une jeune femme aimée, dans la chambre 32 .

Il est huit heures. Rentrer dormir.

Statuette signée Célestissima

samedi 27 novembre 2010

Babil

Babil

Victor grandit encore.

Surtout depuis cette courte, mais violente rupture, qui a posé, sur son visage, un halo de tristesse. C'est aussi grandir que de savoir être blessé sans trémolo.

Retour chez sa mère.

Hall de gare, sacs aux épaules, couvertes par un blouson vieillissant, acheté ensemble. Barbe taillée, au plus près, et un demi-sourire sur sa bouche pulpeuse, comme son frère. Mais c'est bien lui. Avec des traces de l'épreuve, encore, sur les traits.

Mots, doucement d'abord, puis en flot.

Magasins, cuisine, cinéma. Et puis le soir, les ordinateurs posés, côte à côte, sur les genoux, par-dessus cette couette qu'il avait décidé de mettre là, enfant. Dans ce canapé acheté pour eux, juste avant qu'ils ne partent, et déjà usé. Babil sans importance. Ou pas.

Victor vit maintenant chez son père, grandit, réfléchit. En désordre, encore.

Rentrer chez sa mère, c'est rentrer chez soi. Elle le voit.

Il y a son chat, l'étang, le tabouret dans la cuisine, le chocolat.

Et le regard, pas plus maternant que de raison.

dimanche 31 octobre 2010

Fil

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Il avance sur un trottoir étroit. D'autant que des poubelles le jonchent encore. Réminiscence d'une lutte acharnée qui s'est pourtant, et pour l'instant, révélée vaine.

La voie réservée aux piétons est comme le fil du rasoir. Il y marche sans chaussons d'équilibriste. Un pas de côté, puis en arrière. Et en avant. Désordre où il est difficile de compter les avancées, nombreuses et noyées.

Une femme, sur le pont, suit sa façon de tenir, ou pas, la barre. Fil d'équilibriste, barre de navigateur, pléthore de métaphores pour imager les manières de guider une vie.

Il mène la sienne à pas comptés. Ne tombe pas. Flirte avec la chute.

Résulte de cet époustouflant savoir-faire, et ne pas savoir faire, un homme qui avance. Lentement.

Si lentement.

Rêvant d'un jour trouver sa place et de la tenir. Deux pieds bien ancrés sur le trottoir. A un fil d'elle, qui ne l'a pas quitté. Oubliés les démons, les empêcheurs de tourner en rond, en nombre dans sa besace. Celle où il plongeait si peu les mains, de peur d'y trouver du sale et du noir.

Des mains qui, un jour, seront vives et les traits du visage, apaisés.

Sans angoisse sur le fil de l'horizon.

samedi 23 octobre 2010

Songe loin

Songe loin, recadré

Première escale. Les halls de l'aéroport sont immenses. Plus d'accent chantant. Déjà, de l'espagnol. Les boutiques de luxe et de colifichets se multiplient à mesure que ses pas le portent.

Ce n'est pas loin, Madrid.

Eloignement pourtant.

Sa douce aimée est ailleurs, elle qui l'avait quitté, sur terre étrangère, aussi. Et rendu si triste.

Efforts constants pour rester sur terre, tête haute. Instinct de survie bien développé.

C'est à ce moment-là qu'il a acheté son billet.

Elle est, depuis, revenue.

Madrid. Trois heures vingt d'escale. Penser, marcher, regarder, écouter. Puis remonter dans la carlingue, pour un autre vol.

Sao Paulo. Tout devient clairement évident, il est seul et loin des siens. Son téléphone ne fonctionne plus. Il ne voit de la ville que son aéroport et grandit encore. Loin de chez lui, mais pas encore tout à fait majeur.

Maman, où es-tu ? Dans ton cœur.

Dix-huit heures de voyage, destination : Buenos Aires.

Faut-il être quitté et malheureux pour se lancer seul dans pareil périple. Son corps, musclé et fin, est longiligne. Comme ceux de son frère, sa mère. Ses cheveux, coupés pendant la rupture, poussent mais ne masquent pas encore, à nouveau, son visage. Il croise des regards, surveille son sac. Seul et loin de tout, penser à ne pas se faire voler la petite maison emportée.

Et puis, Buenos Aires.

Ni son père, son frère, sa mère, son amour, ne connaissent cette ville dans laquelle il débarque. Il suit le flot des voyageurs, moutonnier, dans les couloirs. Douanes, passeport.

Et, enfin, visage connu, reconnu, au milieu de dizaines d'autres. Dix-huit heures qu'il n'a pas vraiment parlé. Echevelé. Pas propre, mais rassuré.

Le séjour est à construire.

Sa mère, dans la température automnale provençale, pense à son second fils, né la nuit. A l'enfant turbulent, bruyant. A son goût de la douceur, du câlin. Cet enfant est un homme, il a commencé sa vie avant que d'avoir passé le Bac.

Tiens...

Bac de Barcarin, souviens-toi...

samedi 9 octobre 2010

Entrées maritimes

Entrées maritimes

La mer est ici à l'ouest. C'est de là que déboulent, sporadiquement, d'étranges nuages, d'une couleur variant du gris au noir profond, selon l'intensité de l'invasion. Maritime.

Ils arrivent tantôt en paquets serrés, tantôt en effluve de parfum envahissant, comme matérialisé, balayant le ciel.

Naît un sentiment, allant de l'effarement à la simple tristesse.

La mer dit sa grogne. N'épargnant personne.

Alors que le soleil invite à sortir, l'entrée maritime provoque, brutalement, une envie d'intérieur.

D'abri.

Viens donc près de moi, buvons un verre, lovons-nous sur le canapé ou sous la couette. Retrouvons le toucher de nos corps déshabillés, il y a trop longtemps que nous portons des vêtements. Si la mer parle, la peau cause. L'émotion, au contact, révèle l'envie. Les ventres se touchent et se ressemblent. Gémellité.

La journée nuageuse ne fut pas longue, non. Elle s'est étirée au rythme de la paresse. C'est au soir tombé que se mesure l'amplitude de l'inactivité. Comme la fatigue et le manque.

Sans solitude, pas de désir d'êtres aimés. De leurs habitudes et des sons qu'elles produisent.

Se quitter souvent pour s'aimer toujours.

samedi 31 juillet 2010

Caillou

Caillou

Il est sorti de la chaussure.

Douloureux, juste à le regarder. À ne savoir qu'en faire. Sauf le décortiquer.

Il pourrait, tout aussi bien, retourner dans le soulier.

Un air de musique, d'émotion, les larmes affleurent. C'est le passé. Occulté. Et soudainement remémoré.

Comprendre. Détendre. Tout revisiter.

"L'inconscient est un concept de psychologie qui désigne l'activité psychique se déroulant hors de la sphère consciente dans l'esprit d'un individu."

Caillou. Inconscient. Posé sur une jolie banquette en fer.

J'ai aimé le trouver là, en vacances. C'est le tien, le mien. Il réveille. Coupe la parole.

Les mots.

jeudi 8 juillet 2010

S'étire

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Le temps s'étire. Le jour aussi. Long. Chaud.

Un air de vacance, à attendre. Pour ne plus être réveillée.

Disposer du temps. Le dominer. Se laisser prendre. Oui, prendre.

Encore.

Soleil. Économie. D'énergie, d'argent.

Repos revenu, trouver le but. Empoigner le projet abandonné. Ou pas.

Vaquer. Ou non.

Un peu, quand même. Sinon regret.

Dans l'expectative, tout est possible.

Septembre te dira. Ou pas.

Plus ça va et moins l'on sait.

Et ça va comme ça.

mercredi 16 juin 2010

Elvire

Elvire

Elle est si fine.

Une brindille. Un fétu que l'on pourrait imaginer fragile. Se nourrissant comme un moineau.

Solide pourtant. Avec un bon coup de fourchette. Mais babillant tant qu'elle en mange lentement. Très lentement. Un fétu.

De paille, comme ses cheveux devenus, tant elle a du mal. Dans sa tête, son cœur, son cul.

Mariée jeune au seul homme connu nu.

Puis les moissonneurs ont tournoyé. D'abord un prédateur, qu'elle sut amadouer, avant de le combattre. Les loups sont entrés dans Paris. Et puis l'autre, charmant, charmeur. Romantique. Elle a beau dire, beau faire, elle n'arrive plus à s'en défaire. L'aime aussi.

Elvire a le cheveu qui reprend. Virevolte et tournoie sans cesse. Obligée d'oublier ses certitudes et reconnaître ses faiblesses. Lutte. Parle. Peu, quand il s'agit de cela. De l'héritage de l'enfance, des modèles. Ces certitudes sans poids acquises aux premiers émois.

Pas encore d'épilogue. Attendre. Ecouter, accompagner, couvrir les infidèles mensonges. Et se remémorer.

Les chemins de traverse qui mènent à l'imparfaite maturité.

mercredi 9 juin 2010

Mélancolie enfouie

Mélancolie enfouie

Etre là et n'y être pas. Ame vague et pensée vagabonde. Une absence, ou la promenade d'une mélancolie enfouie. Comme un petit paquet de linge dans la tête. Souvent poussé de côté pour trouver le plaisir. D'une liberté recouvrée. Du va et vient presqu'à sa guise. Qui ne se départit désormais plus jamais d'une tristesse incertaine.

Un vide.

Moins de choses à faire et, parfois, rien à faire du tout. Tourner en rond. Ruminer. Tenter des projets. Les oublier dans une pièce vide. Du temps à ne savoir qu'en faire. N'en rien faire. Des broutilles. Des jeux qui font avancer l'horloge. Et la pensée, étrangement.

Puis soudain, rattraper ce temps perdu. Appeler les amies délaissées dont le nom a même été inscrit sur une liste, avec celui des tâches. Il faut bien dire qu'elles sont nombreuses, les amies. Elles prennent les devants, souvent.

Le soleil s'étire. Les nuages jouent au peintre. La journée fut bonne, rieuse, buveuse, heureuse. Petit paquet de linge rangé. Il reviendra demain.

Savourer. Ni courses, ni dîner, ni lessive. Dormir.

"La mélancolie n'est que de la ferveur retombée" .

André Gide in Les nourritures terrestres.

lundi 17 mai 2010

Message

Retour

L'écriture et les blogs ont des raisons que la raison ne semble pas connaître. Ils se créent et se ferment. L'auteur y écrit. Peu ou prou. Et parfois pas du tout.

Fais mine Nine a disparu quelques jours. Mon premier hébergeur, bénévole, a changé de vie et débranché son serveur. M'en avait prévenue. Gêne de chercher un autre gentil bénévole, connaissance de la lourdeur, quoiqu'on en dise, de ce type de déménagement, un long voyage à faire... et voilà que je n'ai réagi que tardivement.

Au point de connaître l'effet de la disparition. Me rendre compte que j'aime mon petit chez moi, qui ne sert pourtant pas à grand-chose, sauf à me faire plaisir. D'écrire un texte, de compter quelques lectrices et lecteurs.

C'est comme vivre à Paris ou au bord de la mer. Concerts, expos, cinéma, théâtre, on n'y va pas mais si l'envie naissait, l'on pourrait, c'est tout près. Comme la mer...

Alors j'ai osé demander. Quelques jours de gentillesse, patience, persévérance et sollicitude plus tard, Nine est revenue. Avec les mêmes adresses et papier-peint. Et ses petites affaires dedans.

Beau cadeau.

Bien-sûr, je n'ai jamais eu autant envie d'écrire que durant cette période sans.

mercredi 21 avril 2010

Porte

Porte

La tirer avec douceur, elle n'émettra aucun bruit. Sure qu'elle en sera reconnaissante et ainsi s'offrira au retour, comme elle s'était fermée, avec volupté, amitié, empathie. Et tendresse, presque.

C'est qu'elle est la porte du lieu. Du chez soi, cet endroit que l'on quitte si rarement pour une destination lointaine. De celles qui nécessitent argent, billets, passeport, hôtel, adresse sur carte de débarquement, bagages pesés et flacons calibrés, gardien de chat, appareil photo. Et paréo.

Pas question de la claquer, donc.

Elle s'ouvrira au retour. Et l'incertitude conduite, comme l'électricité, jusque dans la main posée, en partance sur la poignée, sera alors justifiée ou oubliée.

Comme pour chaque départ, chaque aventure.

Qui sait comment sera le choix, l'enfant, le voyage, l'amour, la ride ? Sera-ce la bouche ou la joue froissée ? Enfant blond, roux, brun ? Aura-t-il accouché de parents teigneux ou tenaces ? Et, même, le voyage aura-t-il lieu ?

Il a cela de bon : au retour, porte poussée, les meubles seront en place et le courrier dans la boîte.

A moins que...

Vieillir et, enfin, tutoyer l'incertitude.

samedi 20 mars 2010

Lointaine

La fille a la valise

A chaque fois remonter la galerie couverte. Comme celle de la Reine, à Bruxelles. Reine elle aussi, fuyant d'un pas vif, malgré la hauteur des talons. Ils affinent la jambe et offrent un peu plus au regard ses fesses insolentes.

Indifférence, pourtant, alentour. Pas de regards croisés. C'est qu'elle n'est pas là, déjà ailleurs, là où elle va. Plus loin, avec une seule main libre pour régulièrement essuyer les larmes silencieuses sur ses joues maquillées.

Mais d'abord remonter la galerie. Chemin connu, valise presque silencieuse, sur les larges pavés. Il lui arrive d'acheter de la qualité.

Elle sort de chez lui. Elle n'y passera pas le week-end. D'abord rentrer, puis, dans quelques jours, changer de valise. Plus grosse. Elle finira bien par oublier les galeries couvertes. Changera de ton, de temps, d'endroit, d'amis. On fait cela à vingt-cinq ans. Trente-cinq aussi, avec un ou deux enfants sous le bras. Et plus de main pour éponger les larmes. Lointaine

Mais là, plus tard, beaucoup plus tard, la petite valise usée une fois rentrée sous son toit, loin des galeries couvertes, restera fermée dans l'entrée. Elle n'en sortira pas le cadeau qu'elle n'a pas donné et jettera un œil au miroir, jaugeant le dégât des larmes. Usée, elle aussi, elle tentera d'oublier le truc froissé, façon papier crépon, caché derrière son sein gauche.

Sein moins rebondi que fesse...

Ce texte fait suite à un jeu littéraire lancé par ''Madame Kevin'' pour ''le blog à mille mains'', basé sur une photo de Robert Lubanski . Céleste m’a invitée à y participer, à mon tour je le propose à Elissandre''

samedi 16 janvier 2010

Suavité

Suavité

Pendant l'absence, il pensa que depuis longtemps, avant l'amour, son regard omettait de se poser sur son corps, déjà alangui sur le lit. L'envie le fit s'en apercevoir. Le besoin. Un désir fou. De la voir nue, d'apprécier les contours de ce corps pourtant connu, la couleur de sa peau, le dessin du pubis.

Alors, enfin revenu, il donna corps à ses regrets, pour une fois qu'il était permis de s'amender. Elle avait envie de ses mains. Mais c'est sous ses yeux, seulement, qu'elle sentit venir le désir.

Il sourit.

Et consentit à poser, avec une délicatesse extrême, de la lenteur même, pensa-t-elle, une première main sur le haut de ses cuisses. Qui, pour rejoindre le ventre, fit un détour discret sur le peu de rondeur de fesse accessible en cette position.

Elle frémit.

Il la regardait encore, son visage exprimait une gourmandise contenue. Rasséréné d'être là, sans doute, il goûtait son bonheur, son plaisir. Et décida de continuer à prendre le temps.

Mais lorsque l'attente est longue, quand vient enfin le premier contact des deux peaux, il prend une saveur aussi particulière qu'extraordinaire. La conscience exacerbée d'un infime toucher. Comme un drap de soie qui affleure.

L'étreinte s'enflamme, les gestes se font plus rapides, les baisers à pleine bouche. Quand ce ne sont pas les langues qui se délient.

Ces deux corps, alors, peuvent enfin se faire l'amour, s'empoignant les fesses, se pénétrant sans cesse.

Et le jour d'après, puis encore d'après, son regard oublia de se poser, d'abord.

samedi 2 janvier 2010

La porte est fermée de l'intérieur

Femme debout

Les clés sont sur la porte, fermée. Le trousseau, comme tout, est à l'intérieur.

Pourtant souvent ouverte, puis refermée, ces derniers temps, pour aller dehors. Quand il fait beau, quand il fait moche, quand il fait noir.

Mettre le contact, la ceinture, ajuster les rétros, défaire le manteau et rouler.

Vers toi, mon amie. Ou encore toi, mon ami. Ou les deux ensemble. Et toi, qui ne me séduira pas.

Ou encore vous, réunis.

Pas aujourd'hui. Le chat mord la main, posée trop souvent à son goût, sur la souris. Le téléphone sonne, dans le vide parfois. Silence. Malgré le bruit, intérieur, extérieur.

La plante et le balcon racontent une histoire. Comme cette bouche sur un visage emmitouflé.

Le soleil est froid. Moins, l'autre jour, quand, sur un parking, des passants se sont retournés sur un couple semblant enlacé. Lassé.

Il n'a rien vu. Lacets. Défais le noeud.

Respire.

samedi 5 décembre 2009

Le fantasme et l'illusion

Le phantasme et l'illusion

C'est un matin comme d'autres. Ceux qui durent sous la couette sans que le réveil n'interrompe le demi-sommeil. Ou la paresse et l'esprit vagabond.

De lèvres en lèvres, d'abord, un va et vient. Du doigt. Mouillé en haut, mouillé en bas. Et, très vite, dans la chaleur du drap, un frémissement, un changement de position. Gémissement, images, fantasme, des regards imaginaires. Et la jouissance.

Loin de là, l'homme retrouve de sa superbe, oubliant un instant que chez lui, les poutres surplombent des murs blancs vides et de l'amoncellement. De papiers, de vaisselle, de poussière. De renoncements.

Où il finira par rentrer, pourtant. Traversant d'abord la rue froide. Vide, sans honneur, où le passant est rare, à la nuit tombée.

C'est là que l'angoisse un moment calmée recroisera celle qui l'a toujours accompagné. Ne s'est jamais éteinte. Il revient d'un entretien d'embauche. S'est vu convaincant dans les yeux de son interlocuteur. Est sorti de ce bureau rasséréné.

Mais chemin faisant, le doute le reprend. Il glisse les doigts dans ses cheveux gris, repense aux précédents échecs. Aux homologues plus jeunes, croisés, tout à l'heure, en salle d'attente. Et là, maintenant, cette porte poussée s'ouvre sur le vide.

La peur reprend. Troubler le silence, allumer les écrans et dormir.

Puis, quelques jours encore, l'illusion. Et la lettre tombe. Comme son corps.

Pendu.

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