Fais mine Nine

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samedi 16 janvier 2010

Suavité

Suavité

Pendant l'absence, il pensa que depuis longtemps, avant l'amour, son regard omettait de se poser sur son corps, déjà alangui sur le lit. L'envie le fit s'en apercevoir. Le besoin. Un désir fou. De la voir nue, d'apprécier les contours de ce corps pourtant connu, la couleur de sa peau, le dessin du pubis.

Alors, enfin revenu, il donna corps à ses regrets, pour une fois qu'il était permis de s'amender. Elle avait envie de ses mains. Mais c'est sous ses yeux, seulement, qu'elle sentit venir le désir.

Il sourit.

Et consentit à poser, avec une délicatesse extrême, de la lenteur même, pensa-t-elle, une première main sur le haut de ses cuisses. Qui, pour rejoindre le ventre, fit un détour discret sur le peu de rondeur de fesse accessible en cette position.

Elle frémit.

Il la regardait encore, son visage exprimait une gourmandise contenue. Rasséréné d'être là, sans doute, il goûtait son bonheur, son plaisir. Et décida de continuer à prendre le temps.

Mais lorsque l'attente est longue, quand vient enfin le premier contact des deux peaux, il prend une saveur aussi particulière qu'extraordinaire. La conscience exacerbée d'un infime toucher. Comme un drap de soie qui affleure.

L'étreinte s'enflamme, les gestes se font plus rapides, les baisers à pleine bouche. Quand ce ne sont pas les langues qui se délient.

Ces deux corps, alors, peuvent enfin se faire l'amour, s'empoignant les fesses, se pénétrant sans cesse.

Et le jour d'après, puis encore d'après, son regard oublia de se poser, d'abord.

samedi 2 janvier 2010

La porte est fermée de l'intérieur

Femme debout

Les clés sont sur la porte, fermée. Le trousseau, comme tout, est à l'intérieur.

Pourtant souvent ouverte, puis refermée, ces derniers temps, pour aller dehors. Quand il fait beau, quand il fait moche, quand il fait noir.

Mettre le contact, la ceinture, ajuster les rétros, défaire le manteau et rouler.

Vers toi, mon amie. Ou encore toi, mon ami. Ou les deux ensemble. Et toi, qui ne me séduira pas.

Ou encore vous, réunis.

Pas aujourd'hui. Le chat mord la main, posée trop souvent à son goût, sur la souris. Le téléphone sonne, dans le vide parfois. Silence. Malgré le bruit, intérieur, extérieur.

La plante et le balcon racontent une histoire. Comme cette bouche sur un visage emmitouflé.

Le soleil est froid. Moins, l'autre jour, quand, sur un parking, des passants se sont retournés sur un couple semblant enlacé. Lassé.

Il n'a rien vu. Lacets. Défais le noeud.

Respire.

samedi 5 décembre 2009

Le fantasme et l'illusion

Le phantasme et l'illusion

C'est un matin comme d'autres. Ceux qui durent sous la couette sans que le réveil n'interrompe le demi-sommeil. Ou la paresse et l'esprit vagabond.

De lèvres en lèvres, d'abord, un va et vient. Du doigt. Mouillé en haut, mouillé en bas. Et, très vite, dans la chaleur du drap, un frémissement, un changement de position. Gémissement, images, fantasme, des regards imaginaires. Et la jouissance.

Loin de là, l'homme retrouve de sa superbe, oubliant un instant que chez lui, les poutres surplombent des murs blancs vides et de l'amoncellement. De papiers, de vaisselle, de poussière. De renoncements.

Où il finira par rentrer, pourtant. Traversant d'abord la rue froide. Vide, sans honneur, où le passant est rare, à la nuit tombée.

C'est là que l'angoisse un moment calmée recroisera celle qui l'a toujours accompagné. Ne s'est jamais éteinte. Il revient d'un entretien d'embauche. S'est vu convaincant dans les yeux de son interlocuteur. Est sorti de ce bureau rasséréné.

Mais chemin faisant, le doute le reprend. Il glisse les doigts dans ses cheveux gris, repense aux précédents échecs. Aux homologues plus jeunes, croisés, tout à l'heure, en salle d'attente. Et là, maintenant, cette porte poussée s'ouvre sur le vide.

La peur reprend. Troubler le silence, allumer les écrans et dormir.

Puis, quelques jours encore, l'illusion. Et la lettre tombe. Comme son corps.

Pendu.

samedi 28 novembre 2009

Rire et pleur

Rire et pleur

A croire que le canal lacrymal se dessèche avec le temps ou que la position de combat et la colère aboutissent au même effet.

Le phoenix roebelenii se déploie à la place exacte qui lui avait été attribuée. Imaginée, réalisée. Plaisir nouveau, idée conquise. Endroit risqué, nul ne sait s'il y survivra.

Jours et semaines passent, rien ne bouge à cet endroit. Repères intacts et désormais agrémentés.

Puis soudain, la voilà. Première larme. Bonsoir Madame.

La laisser venir. Et même se transformer en sanglot. Tant de combats. De sa faute à soi ? Pas vraiment, pas seulement.

Le temps lui donne souvent raison. Elle aimerait que non.

Et le rire, toujours. Petit, même grand. Heureusement.

La tendresse et l'amitié, aussi.

samedi 21 novembre 2009

Quarante-neuf

49

Jambes longues dessinées par le muscle des cuisses. Finissant, sensuelles, beaucoup plus haut, en petits creux intérieurs, juste sous le sexe.

Image que renvoie le reflet du mur tapissé de miroirs du sol au plafond. Femme grande, de face et moulée de noir, dont l'âge se perçoit seulement à la taille, plus large qu'avant.

Et, de loin, sans lunettes, le visage a l'air jeune, encore.

Séance de fitness à l'heure du déjeuner. Trois quart d'heures bien pensées : échauffement, cardio, musculation, étirements.

Pantalon de lycra noir, débardeur. Sueur.

Deux fois par semaine, le miroir. Dehors : vent, pluie, froid ou extrême chaleur. Le temps qu'il fait et celui qui passe. Soucis, blessures. Changement de saison. D'âge.

Et, toujours, talon-fesses, abdos, fessiers, step, renforcement des biceps et triceps, ceux-là, abandonnés pourraient révéler l'âge. Pump ou rpm. Face à la glace, la femme longue se demande comment elle arrive à venir là, encore, depuis plus de dix années, à quarante-neuf ans. Une énergie à donner comme à prendre. Une envie nécessaire. Trouver son corps en le sentant. Lutter contre l'énervement. Contre le temps, aussi, désormais. Pas de mou, pas de renoncement.

Cela commence au petit matin. Fourrer le sac d'une serviette propre, chaussettes, baskets, pantalon, débardeur. Un reste du dîner de la veille, ou une préparation hâtive glissée dans une boîte hermétique, dont le contenu sera avalé sur le bureau au retour du cours, les joues roses.

Va. Ne regarde pas. Bande les muscles. La douleur, déjà là, accompagnera encore le lendemain.

Comme le contentement.

samedi 14 novembre 2009

Parenthèse

Parenthèse

Le bruit de l'outil transperce bruyamment les murs, chaque jour de repos. Perçeuse, scie ou ponçeuse électrique, à moins d'aller sonner à leur porte, impossible de connaître la nature de l'engin. Signe de projet, réalisation, action. Aux antipodes de la paresse.

Martine et Joëlle, à l'étage en-dessous, se quittent et se retrouvent. Geneviève, dessous encore, est partie et parfois revient. Laissant l'écho de disputes épouvantables traverser sa porte : la voix d'un homme mûr hurle à un plus jeune "Je te tue ou je me tue".

Muriel, voisine de palier, n'entend pas toujours son enfant pleurer. A peine conçu et abandonné du père.

Au troisième, la paresse envahit l'appartement, gênée par le bruit de l'outil et la culpabilité. De l'énergie pourtant. Mais déployée pour se défendre. La construction plus tard, peut-être...

Les pièces vides sont nombreuses et la pénombre gagne. Du bruit, de temps à autre. Programme télévisé ou radiophonique, éclats de rire, conversation. Ou juste des mots prononcés à voix haute, seule.

Elle sait qu'elle reviendra. Elle ne s'est d'ailleurs pas perdue. Juste mise entre parenthèses. C'est une souris qui regarde le temps passer et les autres s'agiter. Ou faire du surplace. Elle a mis sa carapace et tient bon le siège. Que surtout on ne lui ôte pas sa garde, ses ressources, sa pensée. Son corps.

Les photos sont sur le mur. Elle continuera d'en faire ce qu'elle veut. Il l'embrasse, là, devant elle. Photo posée. Mise en scène. Ou juste un souvenir.

Elle peut rester, pour l'instant.

Bientôt partir. Mettre le contact et reprendre la route. Puis revenir.

Et, demain encore, s'éveiller en comptant les choses à faire, à oublier, à regretter. Pied à terre. Café. Chat. France Inter. L'étang ne s'arrête pas. Elle non plus.

Malgré la paresse.

vendredi 2 octobre 2009

Pourtant

pourtant

Le soleil plus doux, laisse, sur la plage, place à la conversation. N'attaque plus de plein fouet. Prend plaisir à descendre plus tôt, oubliant de brûler et signifiant ainsi son pouvoir.

Il va bientôt falloir reprendre le manteau, dit-il, après les premières manches. Puis la petite laine. Elle ne se porte plus guère. Synthétique désormais.

L'école a repris, le lycée aussi, comme la fac. "Près de vingt-six degrés près de la Méditerranée".

Lieux de roche rousse et plate avec quelques écarts de sable où affleure la mer. Les chiens abondent, là autorisés, refoulés des plages fréquentées. Bali, invité aux poils noirs nobles, labrador s'il-vous-plaît, s'y repait.

Et demain chacun reprendra son chemin. Taisant et évoquant ce qu'il veut,

A chaque retrouvaille, savourer la chaleur des regards et des bonjours, de la tarte aux pommes, de la main qui effleure. La couette peut envelopper sur le canapé et toujours, le chat est là, comme le lait dans le frigo.

Fermer les portes à la nuit. Les rouvrir au lendemain.

Et manger des crêpes. A toute saison.

vendredi 21 août 2009

Paradoxale quiétude

Fenêtre Toulouse

On y parvient après avoir quitté un périphérique, traversé une rocade, puis un rond-point. Partout, se pressent sans cesse des véhicules. La voie vers la destination finale a l'entrée si discrète que l'on pourrait la croire méconnue de tous.

La voiture y est à peine engagée qu'immédiatement le temps change, s'arrête. Ruelle bordée, de chaque côté, de maisons tantôt hautes et cossues, tantôt basses et menues, aux briques toulousaines nues, ou recouvertes d'enduit. Le calme même. Sauvegardé de l'agitation alentour qui, au fil du temps, a grignoté l'espace. Sans oser passer les portes de la rue étroite, rétive au changement.

La demeure se tient derrière un portail vert, n'a sur la tête qu'un grenier, inoccupé par le genre humain. Pas d'étage. Une cour de gravier, où l'on sert, l'été, les repas, face à la porte d'entrée ouvrant directement sur la cuisine. Volets de bois vert. Et, en arrière-plan, un interminable jardin, dont la clôture, au fond, tutoie la rocade. Les arbres s'y sont flétris, laissant chaque année filtrer un peu plus l'écho du trafic.

La paradoxale quiétude de l'endroit ne s'arrête pas là. Au bruit sourd qu'apporte parfois le vent du fond du jardin jusqu'à la cour, s'ajoute encore une plus grande agression sonore. À l'étranger qui se présente là pour la première fois, elle semble immédiatement insupportable, l'interrogeant même sur la viabilité d'un séjour en ce lieu.

Paradoxale quiétude

La maison blanche et verte se trouve, exactement, sous la trajectoire des avions approchant de l'aéroport de Blagnac. Tout train d'atterrissage dehors, ils se succèdent, semblant frôler la cime des arbres et des toitures. Ils offrent au regard de l'occupant, devenu subitement impudique, leur bas-ventre, cette partie de carlingue portant les roues, rarement visible. D'une propreté parfois clinquante. Ou souillée.

À leur approche, la conversation s'interrompt un instant, inaudible sinon, le temps qu'ils passent. Puis reprend. Une habitude à prendre qui, étrangement, est le seul dérangement. L'unique parenthèse à la sérénité débordante du lieu, qui ne s'en laisse pas conter et n'a nulle intention de se laisser déstabiliser. La première nuit, parfois, les réacteurs réveillent puis, très vite, vrombissent dans l'indifférence.

Ils ne sont finalement qu'un contrepoint. Permettant de savourer avec une délectation plus grande encore, l'amitié de l'endroit, la saveur des mets servis sous les arbres, la fraicheur des glaçons tintinnabulant dans le verre teinté de rose, l'intimité des conversations de femmes, seules conviées ici, sans qu'il n'en ait jamais été décidé ainsi.

L'après-midi, elles se rafraichissent, entre deux temps de lecture sur des chaises longues, dans la petite piscine hors sol, nues, jouant à leur tour avec l'impudeur et vues, seulement, peut-être, des voyageurs penchés vers le hublot.

vendredi 31 juillet 2009

Mon étang, mon amour

étang de berre

Je vais partir, tu le sais bien.

Tu auras beau te montrer sous tes plus beaux atours, chaque jour sous mes yeux, tout bleu en ce juillet, m'offrant la vue longue et tentant de m'inspirer la sérénité. Recevant même, comme un prince, de jolies et nombreuses voiles, certains jours, en ton sein. Montrant ta superbe pour me faire oublier les jours moindres. Les tiens comme les miens.

Et pourtant, toujours, je m'en irai.

Voir l'herbe ailleurs, même séchée. Entendre le son des avions sous la trajectoire de l'aéroport de Nougaro, Blagnac. Puis ailleurs encore.

Loin de toi.

Crois-tu que j'oublie, te voyant tout bleu, que, souvent tu fais grise mine ? Tu auras beau dire, je n'oublierai pas tes sales jours, où, tout vert et parfois même tout noir, tu regorges de moutons, ne voulant rien faire à rien, ni contre le mistral, ni pour moi, te reposant en attendant une dose d'amour…Et il faudrait que je reste, là, tout le temps, à te regarder et voir comment tu vas ? Écume plutôt, cherche, trésor tu trouveras, si je ne suis pas là.

Peu importe. Il faut que je parte. Comme tu le dois aussi, en restant là, pauvre étang, mon amour. Qui ne peut bouger. Partir, c'est juste regarder ailleurs.

Seul. Les jambes longues.

Et le regard perdu.

mercredi 29 juillet 2009

Distance et dépendance

bintou affiche

Le centre d'Avignon, en de nombreux endroits, est tout étroit. Les ruelles se succèdent, aussi intimes les unes que les autres.

Enfiler sa voiture dedans, le nez sur les indications, vite recopiées avant de partir. Affiches du "off" accrochées en chaque recoin de ce mois de festival et, le plan dans les mains, ne surtout pas s'éloigner du but. Ne pas s'émouvoir non plus, à penser au cadet qui vit ici aussi désormais et qui, peut-être, a collé et accroché ces affiches-là.

Une place, miracle. Juste un peu rester dans la voiture pour retrouver l'adresse. Suivre à pied une rue, puis l'autre, et celle de la Banasterie pour enfin se retrouver place Henri Manguin, là où, peut-être, vivra bientôt le fils aîné. 12 bis, c'est beau, il y a de l'ombre. À l'heure et au lieu du rendez-vous.

D'abord seule. Puis cinq sous le toit. Ce petit palais possible de l'aîné, au prénom d'empereur comme son cadet, juré pas fait exprès, situé si près du grand, le Palais des Papes, que l'on peut même apercevoir depuis le toit, n'est pas idéal. Trop bas de plafond parfois mais offrant des possibles. Et, dessous, la vieille ville.

Face à moi, un propriétaire sympathique. Et toute ma vie. Mes fils, réunis, l'un entre deux tractages vendeurs pour les compagnies et théâtres du festival "off", l'autre des captations vidéos. Et celui avec qui je les ai faits. Petit. Mais toujours aussi volontaire.

Descendus, après la visite, nous nous attablons à une terrasse de café.

Comment juger telle situation ? Le père ne rate pas une occasion de toucher la tête de l'un, puis raconter l'autre. Onze ans à vivre avec eux et tout à coup accepter que leur vie est avec lui, là, dans cette vieille ville, loin de la mienne ? Comment s'insurger ? Il reprend la main, c'est son droit, et même son bonheur. Ils y grandissent encore plus vite.

Victor, ne sachant pas ma présence, comme j'ignorais sa venue, à cette heure de tractage intensif, m'a sue présente au bruit de mon rire dans la montée d'escalier.

C'est tous les deux que s'est finie l'excursion. Marchant de concert dans les ruelles.

- Ça ne va pas ?

- Pourquoi ?

- Parce que tu ne parles pas

Heureusement, j'avais justement quelque chose à lui dire.

mardi 14 juillet 2009

Le danger de l'été

Agapanthe blanche

Le balcon est à l'ombre mais, plusieurs mètres plus bas, colline et parking sont écrasés de chaleur. Madame Choupette, ainsi baptisée du nom de son chien qu'elle interpelle à l'envi, traverse le cagnard, suivie, sur le bitume, du caniche fraîchement tondu, qui est le sien, et du chien de sa fille, confié pour les vacances.

C'est l'été. Comme tous les ans. La saison des questions. De celles qui préparent la rentrée. Le printemps a cela de meilleur : il n'en pose pas tant.

Le ventilateur tourne quelques fois. Pas souvent : l'appartement est frais, orienté nord-est. Mais, de temps à autre, tournez petites pales.

Visites et invitations pleuvent. Bouchons sautent. Les éviter sur la route mais boire chez soi le liquide libéré. Ou chez toi. Chez eux. Dans le jardin, sur le bateau. Yves viendra accompagné de Jack Daniel's. Bouteille tu nous tiens et bouteille je te tiens. Éviter les plages bondées, aussi. Choyer les petits coins délaissés des foules.

La maison est vide d'enfants. Toujours absents l'été. Ils le seront, cette fois, aussi à la rentrée. Déjà penser à inventer. Laisser les bouchons rentrés. Le soir, allumer. Et, la journée, se réchauffer.

Puis savoir que faire de Fais mine Nine. Ou ne rien se demander. D'autres laissent vivre, pourquoi, alors, se sentir obligée ? Toujours cette obsession d'assurer.

Et lorsque nos fleurs plantées de concert au printemps, avec plaisir et auto-dérision, ne feront plus que tenter de préserver leurs feuilles vertes, balayées par le mistral sur le balcon, que la colline et le parking ne résonneront plus des grillons, cigales et jeux d'enfants, qu'il faudra se couvrir pour dehors envoyer ses poumons en fumée et, que dans les volutes, tu verras l'âge avancer sur les plis de tes doigts gourds, tu penseras au printemps.

Pas à l'été. Qui écrase de sa chaleur et rappelle que la nouvelle année ne s'appelle pas Sylvestre mais plutôt feu d'artifice du 14 juillet. Alors, va donc le prendre dans la figure. Sur ce bateau ouvert à nous, chaque année, amarré au port le plus huppé de la plus grande ville de Méditerranée française. Tu crieras à la belle bleue, rouge, blanche. Tu serreras sa main et lèveras ton verre. Et te souviendras, jusqu'à l'année prochaine. Une année de plus, de rebondissements, de surprises, de hauts-le-cœur, de jouissance, de bonheur et de déchirures.

Et, une fois encore, tu reviendras. Puisque l'énergie, on ne sait comment, ne s'éteint jamais.

Ou presque.

samedi 27 juin 2009

Se transporter

Françoise Amadieu

Elle a déménagé. Et, étrangement, sauf le paysage, rien n'a changé.

Aux paperasses toujours accumulées s'ajoutent des cartons empilés. Fermés.

Elle mange, se change, lave, cuisine et étend le linge. Travaille. Ou écrit et parle. Comme avant.

N'a que faire d'aménager. Ou décorer. Affaires pliées, transportées, entreposées. Rien d'autre à signaler.

Certains se questionneraient. Virevolteraient. Réfléchiraient au bénéfice du changement. Ou le feraient fructifier.

Elle se contente de compter ses enfants. Aucun de perdu. D'embrasser son homme. Le même, toujours bien là. Y aurait-il autre chose à faire ?

Le jardin est plus grand. Plus vert. Plus fruitier aussi.

Peu importe le toit. C'est dessous que tout se passe. Et là, rien n'a bougé, tout va bien.

Une petite voix, pourtant.

- Range, aménage, sors les enfants, ils sont aussi blancs que toi. Ils mangent assez ? As-tu vu dans quel bazar tu vis ?

Elle résiste, malgré la culpabilité.

- Je le ferai quand j'en aurai envie, dit-elle. Ou besoin.

Illustration : "Lectrice" de Françoise Amadieu

samedi 20 juin 2009

Rafales

Rafales

On ne plante pas au mois de juin, encore moins par fort mistral.

Pourtant. Tête pleine et jardinières vides obligent à l'action. Ce seront les plantations.

Le jeune muflier plie déjà sous les rafales. Le laurier rose, déterré puis remis en place après les travaux, est cassant de sécheresse et vierge de fleurs, qu'il devrait avoir abondantes en cette saison.

Elle le replante quand même. S'acharne. Ainsi la journée ne sera pas vaine. Les mains noires de terre humide, passées sur le visage pour repousser les cheveux battus par le vent, laissent des marques brunâtres, presque en moustache, au-dessus de la bouche.

La tempête est dehors comme dans la tête. L'étang varie entre bleu, gris et vert, habillé d'une multitude de moutons blancs. Quelques-uns se fracassent sur les rochers, sautant par-dessus, comme en colère.

Après le jardinage, il faudra faire un rideau, recommencer la quête au magasin, et, plus tard encore, penser la couleur et repeindre la chambre du premier parti, celui qui doit avoir le bac, qui inquiète en ce jour, avant le départ de l'autre…

Elle est nerveuse, de mauvaise compagnie. Prend un verre de vin. La vie se doit d'être belle. Et le reflet de son visage hier soir, dans le miroir, cheveux attachés après l'orage et chignon défait, l'a revigorée. Après tout, tout et encore tout, sa gueule respire la vie. Même la lumière de ses yeux clairs, soulignés d'un trait de crayon noir à paillettes, est rieuse.

dimanche 14 juin 2009

La méfiance de l'escargot

La méfiance de l'escargot

À première vue, méfiance. Vite remisée en un coin de l'esprit, tant la mine et la sympathie de l'individu semblent indiquer que toute réserve est erronée. Ou fruit d'un mauvais esprit.

Troublantes présence et gentillesse. Est-ce celle qui attend, en retour, admiration, amour, amitié ? Pire, dépendance ?

L'être fourbe avance masqué. Lui-même ne sait rien. Seul avertissement : son cercle d'amis se renouvelle sans cesse. Forcément. Obligé, toujours, de recommencer. Avec d'autres.

En face, parfois, la force de l'escargot. Ou du chat échaudé. Antennes et moustaches sorties. Sentant le danger. De la prédation. Inconsciente. De la domination, vitale. Elles cachent si bien les blessures. Oubliées, refoulées.

Et pour mieux exister, dicter. Sembler savoir. Mentir. Blesser. Et puis recommencer.

Dans sa coquille, l'escargot patiente. Sur sa chaise, le chat s'étire. Ils se soustraient. Constatent les dégâts. Ils ne les concernent plus. Juste attendre la douloureuse chute.

Elle ne viendra jamais, peut-être. Escargots et chats ne sont pas majoritaires.

mercredi 10 juin 2009

Hâte

Hâte

La camionnette est là. Il faut y grimper. Quatre adultes à l'avant, deux à l'arrière. Et quelques enfants. Sur des coussins et couettes, au milieu de cartons et valises, emplis à la hâte. Monter dans ce véhicule blanc et entrer en résistance. Vieux mot qui vient, là, résonner à la porte. Fermée, maison à quitter.

Les collègues compteront les absents demain. Les amis aussi, à la fête, samedi.

Depuis si longtemps s'insurger et le pouvoir s'obscurcir. Toujours croire prêcher dans le désert. Pas pour tout le monde. Il faut maintenant partir.

L'ordinateur est lourd mais comment imaginer partir sans ? Il peut servir. Depuis le temps qu'il ne fait que cela.

Se rassurer, emporter draps et oreillers. Espérer la couche et ainsi l'habiller. De la destination, personne ne sait rien. Partir, se cacher. Qui eût pu l'imaginer ?

La nuit tombe. Beaucoup dorment. Le moteur tourne, l'engin avale. Des kilomètres.

Au matin, une masure de pierres grises. Des rideaux en vichy. Du café chaud. Cela suffit.

Demain l'organisation. L'argent, peut-être. Pour manger. Dormir et communiquer. Puis renverser. La tendance. La surveillance.

Et le soir, nos mains serrées.

mercredi 3 juin 2009

Passagère

porte bleue

Elle bat. Vitrée. Et de la cuisine, donne sur un grand balcon. D'où l'on peut entrer dans la salle à manger. Par une double baie, ouverte elle aussi. Chaleur et brise. Vent contraire, peut-être.

Ne pas la fermer. Son claquement rompt le silence, juste teinté du bruit sourd du four. Où cuit une tarte aux courgettes et au chèvre. Laisser battre la porte et préparer les fraises. En dessert. Deux parts ce soir.

Bat la porte, bat.

Écoute-la mesurer le temps. Ils partent. Ils sont grands. Tu les réussis aussi bien que les fraises, marinées dans le sucre et le citron.

Et tu vieillis. Un bras croisé et la peau se froisse.

Ne bouge plus. Attend. Que le regard se porte ailleurs. Plutôt sur les plis de la mer. Tes pairs. Et les livres en pile dans la chambre.

Humeur, passagère.

dimanche 31 mai 2009

L'homme des choix

Giacometti chariot

Sa dégaine trompe et interroge. Au bar d'un petit bistrot du Nord. Dans un port. Chez le fermier où il pourrait poser la maison qu'il trimballe sur les routes. Comme avec ses amis.

Homme grand et long comme un jour sans pain. Poils savamment dessinés au visage, cheveux ras devenus rares. Des attributs de motard. Parole économe. Cœur grand à ne surtout pas ouvrir d'office.

Il sait l'urgence, la survie, le plaisir, les souffrances et la solitude. Parcourant le monde, rencontrant joueur d'échec, fumeur d'herbe, bourgeois et aventuriers. Et gars du Nord, comme filles de partout.

Venu chez des amis, il repart au matin. Sur sa bécane qui lui interdit de le faire sans bruit. Il reviendra. Ou peut-être pas. Pose sa carcasse pour mieux la reprendre. À son gré.

Il se tait, mais la ride au regard traduit son plaisir. Parfois parle. Lorsqu'il perçoit intérêt et curiosité, il ne s'arrête plus et offre le récit de ses aventures. Dévoilant peurs et émois.

Son nom importe peu. Il en possède plusieurs. Comme des adresses, des femmes. Et des vies.

C'est un homme rare. Aux doigts jaunis.

Les Craven A, bien-sûr.

mercredi 13 mai 2009

Toit

chat cézanne

Celui sous lequel ils rentrent chaque soir. À quelques minutes ou heures près. Le leur.

Peu importe le jour, la nuit, même porte, même clé.

L'un et l'autre là, rassurés. Silence et promesse de solitude s'offrent quelques fois en entrant, mais chacun sait que cela ne durera pas. Toujours là.

Rassurant, lassant ou étouffant. Selon la couleur du ciel, la force du vent. Et des tempéraments.

Chaud aussi, souvent.

Des jours pourtant, deux toits à soi est exaltant. Chacun le sien. Ne penser qu'à soi, à toi, sous son propre toit.

Et reprendre le plaisir de la communauté. Du bien. Cuisine, plat, télévision. Rire et chanson. Salle de bain. Prends ma main. Pause l'épaule et reviens demain. Et encore, demain.

Un, deux, toit(s). Toi et moi.

vendredi 8 mai 2009

La marelle et la fontaine

marelle

De la craie pour la tracer au sol. Sauter sur un pied et ramasser, au retour, l'objet servant de pion. Jeu d'enfance, entre terre et ciel, auquel elle aurait aimé, à tous deux quarante-cinq ans, l'inviter aujourd'hui. Comme une légère fantaisie du bonheur.

Près de la fontaine du village.

Ou de la sienne. Avec laquelle, parfois, elle inonde le sol. Ou les draps. De plaisir. Et sans prévenir.

samedi 2 mai 2009

Ivres du temps

Ivre du temps

L'hôtel porte son nom à lui, qu'un temps ils partagèrent. Dans la cour pierreuse, ils se saluent et s'assoient. Le printemps vient d'arriver. Sans se départir du vent, qui, ici, ne finit jamais sa course.

Le temps jusque là incertain lui fait encore porter un collant noir, en ce premier jour de mai, sous sa jupe de jean courte. Le corsage, de jais aussi, joue de transparence. Soupçon d'audace.

Une Leffe, oui, elle veut bien.

Ils se sont aimés, vingt ans plus tôt. Et sont assis là, parlant de leurs fils. Le majeur à leurs côtés, le second non.

Elle scrute sa bouche, qu'elle a aimé. Son abondante chevelure, devenue grise. Ses épaules, aujourd'hui étrangement frêles. Et voit sa belle assurance entachée, un peu.

Onze ans qu'ils se sont quittés. Il s'est remarié. Dit qu'il divorce. Que ça se passe mal. Vraiment.

Le ton est paisible. Ou juste doux. Loin d'eux l'idée de l'affrontement. Le temps en est passé.

Elle a longtemps choisi de ne pas reformer couple. Au contraire de lui. En ce premier après-midi de printemps, juste récoltent-ils le fruit de leurs choix. Bon gré mal gré.

Et se regardent, entre estime et nostalgie. Mâtinées de culpabilité, peut-être.

Les cyprès plantés de leurs mains, depuis, ont bien poussé.

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