
Il lui semble reconnaître sa silhouette au loin, à cette bouche de métro parisien où elles se sont donné rendez-vous.
Nine y revient peu, depuis le sud, dans cette métropole où elle vécut pourtant sept ans. Et n'y a que des plaisirs fugaces, à chaque incursion. Les immeubles haussmanniens, la Seine, les couloirs souterrains la ramènent au passé, comme la découverte de l'appartement de ses logeurs, typiquement parisien, sympathique mais sans balcon, élément devenu indispensable à sa vie.
Juste avant d'entreprendre la marche vers le lieu du rendez-vous, fugacité du plaisir, une nouvelle fois, dans le parc proche de la mairie du troisième arrondissement, où elle a assisté à un colloque et déjeuné. Des mères de famille y promènent leurs enfants, une éclaircie entre deux ondées et cette foule, toujours, qui fait dire à chacun qu'il est ici au centre du pays.
C'est donc bien elle, qu'elle avait vue de dos. Traou l'attend et se retourne, sous les parapluies, l'ondée est revenue. Elles se sont rencontrées pour la première fois trois ans plus tôt et ne se sont plus revues depuis, avec, de loin en loin, des mots qui signifiaient qu'elles en avaient envie.
C'est donc fait. 
Elles s'engouffrent dans le sous-sol pour tenter d'aller à une expo mais, arrivées au but, elles se laissent aller ensemble avec gourmandise au renoncement, devant la longueur de la file d'attente. Elles le savent depuis le début, un verre de blanc en terrasse salue bien mieux les retrouvailles qu'une heure en rang d'oignon.
Toujours étranges et mystérieuses, ces ententes spontanées que l'on ne peut raisonner. On le sait, mais sans se l'expliquer. Et l'on se trompe peu. Trois petites années après s'être reconnues au milieu d'une foule, la parole est libre et les confidences nombreuses. Le temps s'arrête, côte à côte, deux verres posés sur la table.
Paris revient, magique, à ma mémoire.
Les hommes arrivent à notre bouche, comme les enfants, qu'elle n'eut pas et qui, moi, m'ont quittée. Puis vient ce mot, que Nine invente pour l'occasion, illustrant les périodes de vie sans couple mais traversée d'amants : "l'amanterie".
Et nous nous promettons d'écrire chacune un texte au même titre, et au contenu à découvrir.



















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