Toscane

Nous sommes six dans une voiture conçue pour les grandes familles. Devant : deux femmes, amies. Le reste des sièges est occupé par nos enfants : deux garçons et deux filles entre dix et quinze ans.

Toscane, pour quelques jours. Un projet de mon amie, concocté de main de maître, nous faisant dormir dans une ferme d'hôte où les volets, au matin, s'ouvrent sur un paysage à couper le souffle. La région n'usurpe pas sa célébrité.

Au retour d'une de nos journées de découverte, Florence ou Sienne, nous prenons des chemins de traverse, enthousiastes à l'idée de traverser cette belle campagne offrant d'autres secrets que ce que disent les guides. Obligés qu'ils sont d'offrir aux touristes un chemin balisé vite parcouru.

Nous nous perdons, bien-sûr. A quoi sinon serviraient les chemins de traverse ?

Mon amie s'arrête à hauteur d'un petit champ, où s'affairent un vieil homme et son fils, débroussailleuse bruyante à l'appui. Le vieil homme s'avance et Adeline, l'intrépide touriste ne parlant pas l'Italien, tente de lui expliquer le point final de notre pérégrination, pour en connaitre le chemin.

S'ensuit un dialogue de sourds, couvert de surcroit par le bruit de l'outil. Le vieil homme a la diction d'autant plus difficile que beaucoup de ses dents manquent à l'appel. N'importe qui aurait poliment pris congé et poursuivi son chemin incertain. Adeline, non. Elle persiste à trouver moyen de se comprendre. La scène est si comique que les enfants se trémoussent à l'arrière, figures hilares cachées par les pare-soleil accrochés aux fenêtres.

Je tente de faire bonne figure, je suis dans l'axe du regard du vieil homme. Je retiens le rire, des larmes s'échappent, quelques spasmes me secouent. Adeline tient bon puis quitte enfin son conseiller, tout sourire. Avance la voiture de quelques mètres, laissant le jardinier au loin. Et là, explosion ! Mon rire envahit la campagne alentour, je tente de lui expliquer le comique de situation et tandis qu'entre deux éclats de rire, elle tente de s'expliquer, des larmes coulent, à leur tour, sur ses joues.

Des larmes, pour illustrer le bonheur…