Honorer l'invitation
Par Fajua le dimanche 5 avril 2009, 14:37 - Vie quotidienne - Lien permanent

Mon amie Céleste m'invite à une chaîne de blogs. Il s'agit de répondre à la question, "C'est quoi le bonheur ?", à la manière de son choix. Et d'inviter à son tour cinq blogs amis (Traou, Sardine, Jardin, Le Gabian, Christine) à faire de même. Question qui vaudrait une thèse à elle seule, j'ai préféré y répondre par le récit d'un moment.

Nous sommes six dans une voiture conçue pour les grandes familles. Devant : deux femmes, amies. Le reste des sièges est occupé par nos enfants : deux garçons et deux filles entre dix et quinze ans.
Toscane, pour quelques jours. Un projet de mon amie, concocté de main de maître, nous faisant dormir dans une ferme d'hôte où les volets, au matin, s'ouvrent sur un paysage à couper le souffle. La région n'usurpe pas sa célébrité.
Au retour d'une de nos journées de découverte, Florence ou Sienne, nous prenons des chemins de traverse, enthousiastes à l'idée de traverser cette belle campagne offrant d'autres secrets que ce que disent les guides. Obligés qu'ils sont d'offrir aux touristes un chemin balisé vite parcouru.
Nous nous perdons, bien-sûr. A quoi sinon serviraient les chemins de traverse ?
Mon amie s'arrête à hauteur d'un petit champ, où s'affairent un vieil homme et son fils, débroussailleuse bruyante à l'appui. Le vieil homme s'avance et Adeline, l'intrépide touriste ne parlant pas l'Italien, tente de lui expliquer le point final de notre pérégrination, pour en connaitre le chemin.
S'ensuit un dialogue de sourds, couvert de surcroit par le bruit de l'outil. Le vieil homme a la diction d'autant plus difficile que beaucoup de ses dents manquent à l'appel. N'importe qui aurait poliment pris congé et poursuivi son chemin incertain. Adeline, non. Elle persiste à trouver moyen de se comprendre. La scène est si comique que les enfants se trémoussent à l'arrière, figures hilares cachées par les pare-soleil accrochés aux fenêtres.
Je tente de faire bonne figure, je suis dans l'axe du regard du vieil homme. Je retiens le rire, des larmes s'échappent, quelques spasmes me secouent. Adeline tient bon puis quitte enfin son conseiller, tout sourire. Avance la voiture de quelques mètres, laissant le jardinier au loin. Et là, explosion ! Mon rire envahit la campagne alentour, je tente de lui expliquer le comique de situation et tandis qu'entre deux éclats de rire, elle tente de s'expliquer, des larmes coulent, à leur tour, sur ses joues.
Des larmes, pour illustrer le bonheur…







Commentaires
Heu, on a dit cinq
Ah, mince ! Est-ce une façon détournée de demander à décliner ? Raté ! J'ai préféré laisser la jeune Maman en paix
et quand le rire de Nine envahit la campagne...:-)
belle illustration d'un moment de bonheur.
merci Nine d'avoir joué le jeu
Vous l'avez payé combien, votre "bonheur"? C'est pas donné les "fermes d'hôtes", même hors saison, en Toscane. A l'évidence, vous avez les moyens financiers de vous offrir du "bonheur" à bon compte.
La Toscane, je la connais bien. Mieux que vous ne la connaîtrez jamais. Dans ses moindres recoins, si je puis dire; j'y habite depuis trente ans et mes enfants y sont nés.
J'en connais les parcours touristiques et les endroits où on rencontre peu de touristes et rarement. Il n'est aucune région d'Europe plus jalouse, à juste titre, de son patrimoine culturel et de ses "secrets", que vous ne connaîtrez jamais, même si elle vous semble avenante.
J'ai trouvé votre texte banal et mou.
Comme je veux laisser vivre le billet de yelrah sur les Suiveurs, je réponds ici.
Si le bonheur, c'est quand je peux dire "Je suis heureuse", c'est tout le temps. Je suis heureuse de vivre, c'est structurel. Le bonheur, c'est la vie.
Je me lève sans difficultés et avec enthousiasme quasi tous les matins que personne ne fait.
J'ai une bonne étoile, qui n'est que la capacité à saisir les opportunités qui me conviendront.
J'ai une faible endurance à la souffrance et je m'efforce de me sortir très vite des situations désagréables (ça a toujours été vrai en matière professionnelle, ça le sera dorénavant en matière amoureuse, ça n'a jamais eu d'objet en matière amicale)
Je n'ai aucun goût pour l'introspection et les longues réflexions, je me contente de vivre joyeusement.
Je n'ai aucun mérite. Je fais pas exprès, c'est comme ça.
Et au milieu du parcours, il ne m'est encore rien arrivé de grave.
C'est du bonheur à bas bruit, de fond, sans évènement marquant à raconter.
Bien sûr, il y a des moments où je suis triste. Mais ils sont rares, superficiels et brefs, et surviennent en général la veille de mes règles.
Et des moments où je me laisse énerver par des gens ou des choses.
Voire même des moments où je suis carrément en colère.
Et dans tous ces moments, il est possible que "j'oublie" que je suis heureuse mais je crois pas.
Si le bonheur, c'est des moments ou des sensations plus parfaites, c'est :
- être tout d'un coup consciente que je n'ai aucune obligation autres que celles que je me crée, que je peux faire ce que je veux quand je veux
avec un polar, et le lire tout entier (oui, ça redonde un peu avec le cas précédent, ou plutôt ça illustre)
- avoir plein de trucs à faire et m'asseoir au soleil (ou pas, mais le soleil ça rajoute du bonheur
- faire des trucs avec mon corps (non, pas des trucs sexuels, plutôt "balayer" la pelouse tondue ou faire une virée en vélo), en sentir la vitalité
Je constate avec horreur (non, pas du tout en fait) que ça n'a rien à voir avec les autres.
Un jour en lisant un truc à la con sur le développement personnel, je suis tombé sur la description de la nécessité de pouvoir se rappeler un moment de bonheur intense. Et comme mon bonheur est à bas bruit, j'ai eu de la peine à trouver. La chose la plus "parfaite" que j'ai trouvée, c'est un moment suspendu, avec un homme avec qui j'ai eu une relation de quelques mois, au soleil dans le lit de son camping-car décapoté, après l'amour et avec la sensation intense qu'il n'attendait rien de moi et que je n'attendais rein de lui.
Peut-être que ma définition du bonheur, c'est n'avoir besoin de personne. Et que c'est pour ça que c'est structurel, assez peu dépendant du monde extérieur.
Pas de suite de chaîne, alors, Christine ?
À vot' service, floreal
J'ai bien pensé à solliciter Swâmi et yelrah *mouarf*
Autogestion : qui a envie raconte
j'aurais pas dû lire les com, la floréal m'a horripilée (c'est dommage un si beau pseudo pour répandre gratuitement des propos fâcheux, non pas sur le fait qu'elle ait pas aimé le style de ton texte, après tout chacun ses ressentis, mais qu'elle t'agresse gratuitement sur le cout de ton séjour ou sur ton incapcité à apprécier les secrets toscans, ça me sidère ça, et témoigne d'un sacré égo donneur de leçons)
des larmes de rire, c'est un bonheur à tout prendre...surtout après ces propos de cette toscane, qui illustrent totalement l'inverse, mais surtout qui ne donnent pas envie de rencontrer les habitants toscans !!
(peut-ête a-t-elle pensé que tu te moquais de ce vieil homme édenté ?)
Merci anne, ton commentaire me ravit, en tous points…
Hiii, mon premier tag ! :-P
Ah non, zut, c'est pas vrai, mais c'était il y a si longtemps
Merci Fajua, j'ai ri toute seule avec ton grand rire dans les oreilles
Et puis ça me donnera le petit coup de pouce pour m'y remettre
Bises
Et merde, va falloir s'y mettre et trouver quelque chose à dire sur le bonheur qui ne casse pas l'ambiance...bon, j'vais faire un effort, promis, bise
Ah si si, tu peux AUSSI casser l'ambiance !
Honorer l'invitation...
ça me fait penser ...
http://www.linternaute.com/histoire...
C'est moi qui ai échappé à la chaîne ? Si je trouve le temps je relèverai le défi lancé pas l'autogestionnaire... :o)

L'idée du Rire lancé à travers la campagne, ça doit être quelque chose... :D
En attendant j'ai justement choisi un texte sur le bonheur pour le "baptême de la Vie" (c'est un baptême païen, Christine, je te rassure) de Mlle Etoile. Dès que je l'aurai tapé je te le joins
@yelrah
Toujours le mot pour rire…
Olala, le bonheur...
Je peux pas ecrire un billet pour l'ínstant, j'ai un clavier tres bizarre, qwerty mais aussi vietnamien (non, ca, mon voisin vient de le corriger, en appuyant sur je ne sais quelle touche). Plus un internet tres aleatoire.
Je te promets de le faire en rentrant.
@ Anne, 9:
C'est vrai, tres beau pseudo, le mois des fleurs, du calendrier republicain...
Ma grand mere avait le tres dangereuse habitude de mettre son eau de Javel dans une bouteille vide.
Je te laisse a penser la gueule du pepe avalant son pti blanc a la regalade...
J'aime beaucoup ce qu'a écrit Christine.
"Le bonheur, c'est la vie."
Mais pour moi ce n'est plus comme ça depuis...si longtemps déjà.
j'ai perdu la légèreté et l'insouciance permanentes, il ne m'en reste que des instants.
peut-être est-ce parce que ça:
"être tout d'un coup consciente que je n'ai aucune obligation autres que celles que je me crée, que je peux faire ce que je veux quand je veux"
est pour moi exceptionnel.
si la maternité m'a apporté et m'apporte encore de douces joies, infinies, elle m'a aussi apporté une forme d'angoisse liée à la responsabilité que je ressens encore et toujours envers mes enfants.
si je peux me relaxer en ce qui concerne mes deux aînés (28 et 30 ans), je me sens toujours "responsable" de ce qui advient à ma fille, qui a 20 ans. Elle traverse une période de doute et de recherche, elle s'interroge et interroge.
c'est bien sûr une bonne démarche mais qui m'occasionne des soucis et qui perturbe mes nuits...en un mot, qui me tracasse.
Je sais qu'elle fera son chemin et j'ai entièrement confiance dans sa capacité à se diriger dans la vie, à choisir.
mais je suis toujours préoccupée à l'idée qu'elle rencontre sur son chemin la violence et les larmes qui ont pavé le mien.
je voudrais et bien sûr c'est illusoire (voire même contre productif), la protéger ou tout au moins, être sûre de l'avoir aidée à se garder elle-même des souffrances.
en ce sens je me sens des obligations
baci
moi.
Ou comme dirait Sttellla :
Je suis heureux, j'éleve des abeilles,
I'am happy culteur...
Je suis un peu comme toi, Céleste. Mais c'est juste une façon de vivre la maternité. D'autres mères ne la vivent pas ainsi et se trouvent grâce à cela, sans doute, plus souvent près du bonheur. Je veux dire par là que enfants/pas enfants ne doit pas être la seule différence avec Christine.
Yelrah : attention je vais te dénoncer à qui tu sais !
Jardin : nous attendrons donc…
Il me faut le temps de la réflexion, mais je vais profiter de mon week-end prolongé (en Bretagne au bord de la mer, un sacré bonheur pour moi) pour faire un billet sur le sujet. Mais je ne parlerais sûrement que d'instants fugaces ou de sensations ponctuelles, les "petits bonheurs" (comme un fou-rire aux larmes) sont mes préférés.
Je me disais justement ce matin : et Traou ?
La maternité m'a apporté les bonheurs les plus intimes, mais aussi la plus grande désespérance, la plus radicale douleur : accompagner jusqu'à sa mort l'aîné de mes cinq enfants, célibataire parti en me tenant la main, avec un vrai sourire dans les yeux, sa main si lourde dans la mienne... Alors, le bonheur, maintenant, c'est le sourire "en vrai" de mes enfants et petits-enfants, avec, Céleste, une immense crainte que je tiens à distance obstinément, voir un autre de mes enfants partir avant moi. Bonheur conditionnel, en filigrane constant, en sursis angoissé. Oui, mais bonheur malgré tout, je le veux !
Sttella
Traou a continué la chaîne…
Le texte dont je parlais, d'Henriette Charasson
Qui donc disait que le bonheur on ne le reconnaît que lorsqu'il est parti ?
Je tiens mon bonheur dans mes mains et doucement et gravement je le contemple.
Faut-il tant de mystère et d'âpreté pour que notre âme se déclare comblée ?
Le sourire d'un petit enfant, les appels de oiseaux dans le matin,
Le frais ronron de la chute d'eau vive, la tiédeur de l'été que la nuit a calmée,
Le pâle éclat du soleil qui se lève, entre le treillis des persiennes et le tulle blond des fenêtres,
Les chauds coloris de la chambre, atténués par l'aube qui se renouvelle,
Au-dessus de nos têtes, le grand Christ de bois qui parle de vie éternelle,
Un gazouillis d'oiseau humain dans le tout petit lit qui s'allonge au flanc de mon lit comme une barque au bord d'un vaisseau dans la rade,
Et ton sourire à toi, tes grands yeux de douce malice, ta tête qui se penche au-dessus de nous deux, ta grande main qui s'étend, protectrice et camarade...
Qui donc disait que le bonheur on ne le reconnaît que lorsqu'il est parti ?
__Le Gabian__ a honoré l'invitation et c'est pur régal ! Courez-y !